"Bruxelles, ville d'Afrique": lire autrement l'histoire du Congo Belge par la ville de Bruxelles

Le centre Wallonie Bruxelles a présenté, lundi 28 février 2000 au Théâtre du Zoo de Kinshasa, la première mondiale de la pièce "Bruxelles, ville d'Afrique". Cette pièce a été réalisée par le groupe "Kuru" avec la collaboration de 7 comédiens Belges et 7 Congolais. Spectacle monté à l'aide des planches graphiques, en plus du son de la lumière et du jeu des acteurs, "Bruxelles, ville d'Afrique" retrace près de 80 ans d'histoire coloniale, de lien indélébile entre le Congo et la Belgique. Elle a ainsi pour sujet la colonisation et pour originalité la recherche, dans la ville de Bruxelles, les liens visibles et historiques avec l'Afrique particulièrement avec le Congo Belge.

"Bruxelles, ville d'Afrique" est une pièce écrite par Antoine Pickels et mise en scène par Virginie Jortay assistée de Berti Gonzalez. La pièce a été montée en près de 7 semaines de travail à Kinshasa. Le récit de l'histoire congolaise a déjà suscité plusieurs adaptations littéraires: romans, théâtres, essais... cinématographiques et graphiques dont les mémoires gardent encore la trace.

Le projet ambitieux de la mise en scène de cette pièce apporte un autre son de cloche, une nouvelle vision de l'histoire à travers les 14 tableaux. C'est une lecture libre et audacieuse de l'histoire, de la sociologie, des souvenirs et des retombées de la colonisation du Congo-Belge sur la Belgique et particulièrement sur la ville de Bruxelles et son architecture. Mais encore, la véritable source des malheurs du Congo à cause de la convoitise que suscitent ses ressources confisquées dès le départ par plusieurs lobbies et groupes d'individus, successivement.

Véritable parabole sur le système des nations, une métaphore et une note explicative du destin poignant et controversé de la colonisation belge au Congo. "Bruxelles, ville d'Afrique" est une leçon d'histoire qui lève un pan de rideau sur l'histoire de Léopold II, ce souverain homme d'affaires, sur ses rêves fantasmagoriques, sur la provenance de la fortune qui lui a permis d'investir au Congo Belge à savoir celle de la reine Charlotte de Mexique, sa sœur, devenue folle après l'exécution de son mari. Une histoire assez peu connue des Congolais et des Belges eux-mêmes. C'est une leçon d'histoire et de géographie, du Congo et de Bruxelles dans leurs monuments, réalisés par Léopold II, avec la sueur et le sang des Congolais bafoués et traités en bêtes de somme. A côté de ces poignantes vérités criées haut et fort par les acteurs, la pièce retrace les péripéties qui ont précédé l'accession du Congo à l'indépendance notamment dans les figures des acteurs de l'histoire comme Lumumba, Mobutu, Tshombe. Lumumba comparé à Savonarole, prédicateur italien brûlé vif dans la ville de Florence. Mobutu comparé à Machiavel, philosophe italien, auteur du "Prince". Mobutu dont les traits grossis et dramatisés à souhait, et le portrait peu reluisant des acteurs économico-politiques zaïrois devait donner matière à réflexion de l'image que le Belge garde du Congolais, et ses préjugés figés sur ses anciens colonisés, au-delà de la simple représentation théâtrale.

Au cours de la scène surgit l'image de Philippe Dedieuleveult, animateur de l'émission "la chasse au trésor", disparu mystérieusement dans les cataractes du Bas-Congo sous le règne du Maréchal Mobutu. En outre, la pièce est une critique acerbe de la vie internationale dans son hypocrisie et ses actions intéressées. "Bruxelles, ville d'Afrique" exhume un passé douloureux et humiliant pour les Congolais et qui devient, de nos jours, un sujet d'interrogation de l'opinion publique belge sur les véritables secrets de la colonisation belge et, encore du rôle de la Belgique au cours des années d'indépendance. Surtout que cette phrase, lâchée au cours de la représentation théâtrale, est révélatrice à plus d'un titre: "partout où le blanc avance, la mort le suit à la trace".

L'œuvre théâtrale, "Bruxelles, ville d'Afrique" fait la promotion des œuvres d'art de fabrication artisanale à travers les objets scéniques. Au-delà de l'aspect artistique, "Bruxelles ville d'Afrique" se veut un vecteur d'une nouvelle amitié belgo-congolaise basée sur la complémentarité, la réciprocité, le métissage, l'équilibre et le respect de la personne humaine. "Bruxelles, ville d'Afrique", une réalisation, côté congolais, des artistes Mbala, Katanga Mupey, Mitendo, Nono Bakwa, Nkiakiese, Kulumbi et Phuati.

Laetitia Lakubu et Jeannot Matwaki
pour Vision (RDC)