« Bruxelles, ville d’Afrique » jouée pour la première fois au théâtre du Zoo

Le théâtre du Zoo a servi de cadre lundi 28 février dernier à la première présentation à Kinshasa de la pièce « Bruxelles, ville d’Afrique ». C’est le tout Kinshasa diplomatique et artistique qui avait fait le déplacement pour admirer le spectacle des 14 acteurs, 7 congolais et 7 belges, qui ont fait défiler devant les yeux du public les 80 années de vie commune entre colonisateurs et autochtones du Congo ainsi qu’au Rwanda-Urundi.

Dans cette pièce, les comédiens campent des personnages très typés, à la limite de la caricature. Par exemple, Freddy Sickx et Anne Sylvain font une superbe création de Mr et Mme De Smet, un couple de colons belges dépassés par les événements de l’accession du Congo à l’Indépendance. Ils détestent particulièrement La Barbiche (allusion à peine voilée à Patrice Emery Lumumba) et souhaitent s’en débarrasser par tous les moyens. Finalement, le premier ministre, interprété par Ventouse Mbala, meurt, victime d’un complot ourdi par les puissances occidentales, secondés dans cette peu honorable besogne, par deux complices, un certain Joseph-Désiré (Nono Bakwa) et par un dirigent du Katanga…

Au cours de cette histoire, tout le monde en prend pour son grade, que ce soient les politiques, le monde des affaires, les humanitaires, les dirigeants africains et tous les autres protagonistes de la scène congolaise, africaine et mondiale. Le fantôme de Lumumba flotte toujours sur cette œuvre, un Lumumba que l’on compare à Savonarole, ce prêtre italien qui, au XV -ième siècle, prétendait réformer l’Eglise catholique. Trahi par les puissants de l’époque, abandonnés par ses partisans, il est arrêté et exécuté en 1494.

D’autres personnages hantent ce récit, comme Philippe De Dieuleveult, disparu en 1984 dans la province du Bas-Congo, Stanley ou encore le Roi Léopold II de Belgique. D’ailleurs, le narrateur rapporte que le souverain a embelli sa capitale, Bruxelles, grâce aux énormes bénéfices qu’il retirait de l’exploitation de l’ivoire et du caoutchouc dans « sa colonie ». A la sortie du spectacle, le public a manifesté un grand enthousiasme en faveur de l’œuvre. Quant au metteur en scène, elle paraissait visiblement soulagée de son succès. L’acteur Mitendo, qui joue plusieurs personnages dans cette production a résumé ses impressions par ces mot : « mission accomplie. C’est un spectacle où il y avait beaucoup de potentialité ». Quant à l’auteur de Bruxelles, ville d’Afrique, Antoine Pickels, il a expliqué que son œuvre avait deux tendances : une historique et une dramatique. Il a déploré qu’en Belgique, il y a une image idéale véhiculée comme quoi les Belges ont fait des merveilles au Congo et depuis qu’ils sont partis « C’est la merde là-bas … »

La Tempête des Tropiques (RDC)