acte 3&4 (suite et fin)
Pendant que les coureurs partent se massacrer en coulisses, les missions humanitaires observent, impuissantes. Les "officiels" viennent faire leurs discours rassurants.
 
L'entrée de la Bonne Consience interrompt les civilités. Elle éructe sa colère en se livrant au massacre des drapeaux. C'est le langage désespéré des membres d'ONG revenus du "terrain", désillusionnés.

EXCELLENCE — Allons prendre notre part du gâteau, maintenant. Ça donne faim, de voir des courses pareilles. Venez tous ! Félicitations, monsieur le journaliste. Vous avez été parfait. Et bravo à vous aussi, mon cher Maréchal. Avec un peu d’entraînement, vous aurez des coureurs vraiment exceptionnels. Si seulement ils faisaient partie d’une équipe nationale!
LE MARECHAL — Mais c’est le cas, d’une certaine manière !
EXCELLENCE — Oui, enfin, on se comprend… Vous vouliez dire quelque chose, monsieur le Journaliste ?

LA BONNE CONSCIENCE — Oui, vous avez beaucoup souffert.
LES INFIRMIERES — Beaucoup souffert…
LA BONNE CONSCIENCE — Mais vous l’avez entendu, les autorités sont avec vous.
LES INFIRMIERES — Avec vous…
LA BONNE CONSCIENCE — Nous ne pouvons bien sûr tout remplacer, mais le peu que nous vous offrons, c’est de grand coeur.
LES INFIRMIERES — De grand coeur !…
Ensemble ou alternés, la Bonne Conscience, les deux infirmières et le Journaliste:


LE JOURNALISTE — Vous avez tout à fait raison, Excellence. Des athlètes exceptionnels, mais handicapés par leur appartenance ethnique. Je ne sais pas s’il parviendront jamais à s’en dégager…
EXCELLENCE — J’espère bien que non, après le temps que nous avons mis pour les distinguer !(Rires gras d’Excellence, du Journaliste et du Maréchal. Excellence s’interrompt, soudain inquiet )
Mais dites-moi… Ça ne risque pas d’arriver, quand même ?


LA BONNE CONSCIENCE — Nous vous protégeons contre les noirs. Nous vous protégeons contre les Belges. Nous vous protégeons contre l’autre groupe ethnique. Nous vous protégeons contre vous-mêmes. Nous vous empêchons de vous assassiner. Nous vous empêchons de vous génocider. Nous vous prenons en charge. Vous avez besoin de nous. Nous vous déplaçons.

LE JOURNALISTE — Ne craignez rien, Excellence, depuis le temps que nous l’avons définie, cette règle est maintenant admise par le comité mondial. D’autant plus que nous continuons, à chaque match, à employer les mêmes termes. C’est au point qu’eux-même revendiquent leur ethnicité !
LE MARECHAL — Nous sommes d’ailleurs très satisfaits de cette situation, je vous assure, cela nous arrange très bien…
EXCELLENCE — Je suis sûr que nous sommes d’accord. Le sport est après tout une grande famille.../...

Nous vous abritons. Nous vous enterrons. Nous ne jugeons pas. Nous n’intervenons que dans la limite de notre mission. Nous croyons néanmoins en l’avenir de l’homme. C’est là notre devoir.../...

La Barbiche fait son entrée et rammasse les restes des drapeaux. Il sort en éclatant de rire.