acte 3&4 (suite)
Après une courte interruption sportive, le Guide continue son développement.


LE GUIDE — Le colonisateur se sert de vieilles ficelles. Il développe le mythe de la supériorité intellectuelle de certaines populations, de leur intelligence, de leur efficacité... Certaines populations sont plus dociles, plus courtoises que d’autres, qui en revanche, font de bons guerriers… Mais le plus grave est le concept de supériorité génétique dont le Rwanda-Urundi va particulièrement être victime — la race supérieure «au nez fin» des Tutsi, contre les paysans Hutu.
Ce concept est largement argumenté par les Belges, qui reconnaissent avec plaisir une structure de société centrée sur la personne royale,


le flamand, si longtemps humilié, croit reconnaître un frère dans le paysan hutu. Comme, simultanément, les Batutsi longtemps favorisés manifestent une volonté d’émancipation menaçante, le colonisateur décide de préparer l’indépendance en donnant cette fois le pouvoir aux Bahutu.
De la même manière, au Katanga, alors que le mouvement indépendantiste congolais, mené par Patrice Lumumba, semble se rapprocher dangereusement de l’esprit frondeur du front des pays non-alignés, la Belgique soutient cette fois les Alunda, plus conservateurs, et la sécession de cette partie du pays où tellement d’intérêts sont en jeu.


Mieux vaut ne pas risquer la nationalisation de l’empire minier de la Générale…
Le fait que pendant la colonisation, on a interdit aux noirs le droit d’association politique, pour ne tolérer que les associations culturelles, et donc «ethniques», renforce l’identification des gens à ces valeurs. Aussi la plupart des partis politiques se créent-ils alors sur des bases ethniques.
La rancoeur de ceux mis en situation d’infériorité par le système colonial pendant des années fait le reste :
et qui produisent dans les années 30 des rapports comparant les diamètres des crânes, l’écartement des narines pour arguer des différences raciales.
Les Belges manipuleront aussi les origines des peuples africains, faisant prévaloir certains groupes sur d’autres selon l’antériorité de leur arrivée sur le territoire.

Enfin, les langues sont scrupuleusement étudiées par la «science coloniale» : les missionnaires poussent le soin jusqu’à instruire les enfants en langage vernaculaire, malgré leurs protestations.
Après la guerre de 40, les conséquences négatives de ces classifications ethniques commencent à apparaître. Alors que la décolonisation semble de plus en plus inéluctable, l’horreur de l’holocauste porte un sérieux coup aux théories raciales.
Par un complexe d’identification, les revendications du mouvement flamand en Belgique, qui revendique un traitement égal pour une culture longtemps considérée comme inférieure, trouvent un écho dans la situation des Bahutu au Rwanda et au Burundi :

toutes ces guerres que nous appelons à présent «ethniques», de la guerre de sécession du Katanga en 1960 jusqu’aux massacres les plus récents…

L'action théâtrale reprend, sur le second mouvement de la" 7° de Beethoven", les coureurs s'élancent au ralenti dans une course qui se terminera par un massacre entre athlètes.