Acte 1 (suite)
Après quelques tergiversations et scrupules, le complot prend enfin forme, sous les yeux des De Smet, ébahis.
 
Après la distribution des rôles, Excellence se fait bonimenteur:


LE GLAIVE — Maintenant, comment faire ?
MME DE SMET — Ça a l’air difficile.
M. DE SMET — Je comprends.
LE ROI A LUNETTES, éclatant en pleurs — Mais comment voulez-vous, avec ce fou, ce forcené, cette espèce de Savonarole ! Ce n’est pas une marionnette, lui ! Il ne se contentera pas d’un chapeau ! (désignant Monsieur et Madame De Smet) Demandez donc à ces braves gens !
EXCELLENCE — Excellent, Sire. Savonarole ! Il fallait y penser, mais quel meilleur personnage ?


EXCELLENCE — Or donc bonnes gens, oyez la terrible histoire de frère Jérôme Savonarole, qui voulant réformer le peuple de Florence, périt en martyr. Ce jour de l’an de grâce 1494, le Duomo résonnait de paroles étranges…
LA BARBICHE — Gens de Florence, priez car le royaume des cieux approche ! Votre débauche, celle de votre Prince et celle de la Curie Romaine ne resteront pas impunies. Tremblez, sodomites, femmes frivoles, prélats voluptueux ! Car le roi très chrétien arrive qui ne laissera de l’Italie pécheresse que cendres ! Repentez-vous tant qu’il est encore temps !


LE GLAIVE — Mes compliments, Sire. Quel stratège vous faites ! Les marionnettes ! Quel prétexte idéal pour semer la confusion !
LA CROIX — Félicitations, Sire. Vous avez de qui tenir ! Bon sang ne saurait mentir… La victime est parfaite.
LA BONNE CONSCIENCE — Je cours chercher les marionnettes. (il sort)
M. DE SMET (à Mme De Smet) — Tu y comprends quelque chose, toi?
MME DE SMET — C’est notre souverain qui a encore fait quelque chose de bien.

LE MARECHAL — Gloire à Savonarole, notre guide !
.../...
EXCELLENCE — Mais, pendant que les soldats du Roi étaient à Florence, des incidents éclatèrent soudain.Madame De Smet, quiregardait le spectacle, porte soudain la main à son sein.
MME DE SMET — Ah ! Je suis tuée !


La Barbiche va subir le supplice du collier.

LA BONNE CONSCIENCE — Monseigneur… le très saint-père Alexandre Borgia; Majesté… Pierre de Médicis, tyran de Florence; mon général… Charles VIII, roi de France ; Maréchal… Machiavel; (il s’adresse à Gemba) en ce qui vous concerne… ceci fera l’affaire (il lui donne la marionnette du bourreau). Quant au premier rôle… Qu’est-ce que vous attendez ? (Il fait signe à la Barbiche d’approcher; celui-ci refuse d’abord) Ne soyez pas si timide, vous savez bien, de toutes façons, que vous n’avez pas le choix. Vous «êtes» Savonarole. Vous en avez la parole, vous en aurez le rôle.

On entend "Douleur me bat" de Josquin Desprez. La mise en scène s'oganise: les Notables vont chercher les accessoires nécessaires pour la mise à mort. Cela fait très médiéval.

S'ensuit une grande scène de confusion qui fait étrangement penser aux pillages. Des Blancs et des Noirs courent partout en emportant tous les biens matétiels qui se trouvent sur scène.
L e Maréchal se substitue à l'éliminé (qui a entamé sa fuite) et ouvre l'acte suivant par ces paroles:


LE MARECHAL — Belges, Belges. Mes amis. Le rôle de la Barbiche m’étant échu, il m’appartient à présent de tirer le prochain rideau. Dans un souci d’authenticité, il nous faut néanmoins procéder préalablement à un petit exercice de sémantique. Dans la scène suivante, ne dites plus hier, mais dites aujourd’hui; ne dites plus Léo, dites Kin; ne dites pas Léopold, mais dites Léopard; ne dites plus Joseph-Désiré, mais dites Sese Seko et caetera… et vous voudrez bien dire après moi que ce bâton n’est pas un bâton, mais un bateau, qui me porte au fil de l’eau d’un fleuve qui ne s’appelle plus Congo.../...