actes 11 (suite et fin)
Les accusations sont fortes et fondées. Une commission d'énquête internationale sera ouverte. Les mêmes livres sont toujours à consulter.
  Le fantôme du Roi Bâtisseur se défend comme il peut.


..../...LE JOURNALISTE — J’écrivais dans le West African Mail. Ces récits et ces photographies étaient hallucinants, et ils servaient, mieux que les chiffres et les statistiques, la propagande de notre association. (…)Non, ces crimes n’étaient pas comparables aux crimes commis dans les autres colonies. Ils étaient le résultat direct du système congolais et de ses aberrations. Ces témoignages et ces images m’ont permis de commencer la campagne. La photo de Sambo a circulé dans le monde entier !


LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — Mais quand laisserez-vous le Roi en paix, finalement ? Que voulez-vous de plus ? Notre Congo ne vous a pas suffi ?Ne sommes-Nous pas assez couvert de boue ? Notre humiliation n’est-elle pas assez complète ? Qu’espérez-vous ? Que Nous perdions notre temps à faire le compte des tonnes de caoutchouc ? Des villages brûlés, des femmes et des enfants violés, des torturés ? Des mains coupées, tant qu’on y est !


LE GOUVERNEUR — J’étais Gouverneur pendant toute cette période. Nous n’allions pas nous laisser impressionner par un petit journaliste et quelques illuminés à la solde du Foreign Office. Notre première réaction a été d’ignorer ces commentaires malveillants.D’ailleurs, les ordres du Palais étaient très précis, il fallait intensifier la cueillette.

Time is money, je vous le dis, time is money ! Qu’est ce que ça peut vous faire, qu’il y en ait eu cent, deux cent ou quatre cent mille, les deux tiers ou les trois quarts de la population ! Qu’est-ce que ça peut vous faire, le district de l’Equateur? C’est si facile, de tout Nous mettre sur le dos, maintenant que Nous sommes mort. Arrêtez de faire l’indigné. Ne soyez pas hypocrite.

M. DE SMET — Cela promettait d’être extraordinaire cette année-là, alors nous avons mis les bouchées doubles. Notre technique s’était raffinée, il faut dire. Maintenant que la population avait diminué, faire des exemples ou des prisonniers nous aurait privés d’un personnel précieux. Nous avons instauré ce système de prise d’otages. Il fallait voir comment, brusquement, le caoutchouc affluait à nouveau ! Comme quoi il y en avait encore dans la forêt, malgré ce qu’ils pouvaient raconter…
LA CROIX — L’ABIR tuait moins, c’est vrai. Moins directement. Mais les indigènes mouraient d’épuisement, à force de marcher des kilomètres pour trouver du caoutchouc, à force de ne plus manger, à force de subir des tortures.
GEMBA— Oui, c’est moi qui étais chargé des corrections. (…) La chicotte ? Eh bien, c’est du nerf d’hippopotame, vous voyez, qu’on fait sécher et puis qu’on tresse.../...

La lumière remonte lentement, le spectre vient se justifier devant le public

Avec quoi pensiez-vous que Nous avions payé ces arbres, ces buis, ces pelouses, ces fontaines, ces étangs, ces escaliers, ces statues ? Vous croyez que ça ne coûte rien, un parc aussi joli ? Vous n’êtes pas content, de vous promener dans un si joli parc ? (…) C’est bien ce que je pensais. Alors, promenez-vous, et laissez-moi compter en paix.

Les acteurs se relèvent, Le Fantôme arrache sa barbe, on redécouvre l'acteur qui se prépare pour la scène suivante.