Actes 9/10 (suite)
Les grandes expéditions avaient de nobles idéaux: "Je percerai les ténèbres de la Barbarie et ce travail de géant, je l'accomplirai seul, s'il le faut". Léopold II.
 
Pendant que les frontières se dessinent, les porteurs ont revêtu des gants blancs et "cueillent" le caoutchouc sur les arbres projetés dans le fond.


.../...STANLEY (aux porteurs) — Les choses étant claires, et avant que le bateau n’accoste, je vais vous expliquer la marche des opérations. Vous savez tous que nous partons sauver Emin Pacha…
MIBANGE — Sauver de quoi ?
STANLEY — Sauver de… Est-ce que je sais, moi ! Des crocodiles, des fièvres, des féroces arabes, de la barbarie enfin… C’est un blanc, bon sang. Il est de notre devoir de lui offrir la protection du drapeau de ténèbres où scintille l’étoile de la civilisation. A la prochaine station, je partirai en éclaireur, et vous serez sous les ordres du seigneur Tippu Tib, ici présent.


STANLEY — Votre Majesté m’a appelé ?
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — Comment, Stanley, vous aussi, vous êtes encore là ? Vous non plus, vous n’avez pas le droit de pourrir ?
STANLEY — Votre Majesté perd la mémoire. Votre Majesté sait bien que cette scène aussi, nous sommes appelés à la rejouer.
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — C’est vrai, Stanley, c’est vrai. Je perds la mémoire, à force de ne vivre que dans la mienne. Mais avais-tu vraiment besoin de tant assassiner, Stanley ? Je ne te l’avais pas demandé.
STANLEY — Comme vous aviez besoin de dissimuler, Majesté. Rien ne vous y forçait, mais l’efficacité, Majesté… Time is money !…/…


Les porteurs, pris de panique, courent en hurlant se mettre sous la protection de la Croix.

LES PORTEURS — Tippu Tib ! Tippu Tib ! Tippu Tib ! Tippu Tib ! Tippu Tib ! Tippu Tib !

…/…STANLEY —Je suis à votre service, Majesté.
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — C’est vrai, c’est vrai, notre contrat court toujours, mais c’est à l’ami, au collaborateur fidèle que je veux m’adresser d’abord. Je dois faire une carte, mon bon Stanley.

LA CROIX — Mon fils, je dois m’interposer. Vous ne comptez pas mettre ces innocents agneaux entre les mains de cet infâme esclavagiste ?
STANLEY — Mais, Révérend, j’ai reçu un télégramme de Sa Majesté qui m’y autorise. (il brandit le télégramme)
LA CROIX — Vous savez, Sa Majesté, je m’en méfie. Trop catholique. (il lit) Dans l’intérêt de l’Etat… Une ouverture sur le Nil… Pour neutraliser les arabes… Nommer ce mahométan gouverneur… Oui, je comprends.
STANLEY — C’est ce que nous appelons l’administration indirecte.
LA CROIX — Très astucieux. (il se tourne vers Tippu Tib) Dire que nous devons faire confiance à un criminel !
TIPPU TIB (l’air d’un enfant de choeur, tout en examinant les dents et en palpant les membres des porteurs) — Oh, Révérend, j’ai vieilli… Les temps changent… L’ivoire rapporte plus que les hommes, maintenant…
STANLEY — Et n’y a-t-il pas plus de joie au ciel pour un pécheur repenti que pour nonante-neuf qui n’ont rien à se reprocher ?
LA CROIX — Enfin, si le Roi l’a décidé… Mais nous accostons ! Bonne chance tout de même, Monsieur Stanley !
STANLEY — Bonne chance, Révérend ! Ne vous faites pas manger, surtout ! C’est arrivé à d’autres avant vous !

Stanley se retourne, l'éclairage change et le Spectre du Roi bâtisseur est à présent face à lui. Stanley est convoqué pour dessiner la carte du futur territoire du Roi.

STANLEY — Une carte, Majesté ?
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — Oui, vous savez qu’il se prépare une conférence de la plus haute importance… Oh, j’ai bien essayé de laisser ça dans le flou… mais vous savez comment sont ces Prussiens ! Bref, time is money, comme vous le dites si bien. J’ai ici la carte d’Afrique… Prenez ce crayon. Allez-y… Tu es sûr que Nous avions fait ça, Stanley ?
STANLEY — C’était bien la situation, Majesté.
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — Cela me semble si cavalier… enfin. Prenez ce crayon. Allez-y, tracez.
STANLEY — A votre service, Majesté. Il nous faut l’estuaire du Congo.
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — Bien sûr.
STANLEY — Mais les Portugais le revendiquent.
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — Les Portugais ! C’est bien le diable si nous ne parvenons pas à écarter les Portugais.
STANLEY — Admettons que nous parvenions à obtenir une petite bande au sud du fleuve… Mais votre estuaire ne vous sera d’aucune utilité tant que le problème des cataractes ne sera pas résolu. Sans voie ferrée, votre Congo ne vaut pas…
LE SPECTRE DU ROI BATISSEUR — Je sais, je sais, Stanley, je ne suis ni sourd ni idiot, vous m’avez convaincu. Nous nous y employons.../...

Une fois le territoire défini, Stanley se retournera à nouveau et rejoindra les porteurs. Il s'écroulera ensuite, pris par la fièvre. Les porteurs l'évacueront en chantant.