visite guidée (suite et fin)
Le Guide continue sa visite guidée illustrée, Attention, il ne s'agit que d'un court extrait.


Jusqu’en 1895, les revenus de la colonie sont insuffisants et aléatoires, Léopold II y va donc de sa fortune personnelle et obtient même des emprunts de l’Etat belge. Mais pour se garantir des revenus, le Roi a établi un domaine privé — l’équivalent de huit fois la Belgique — sur le territoire du Congo. C’est le Domaine de la Couronne, qui sera exploité à partir de 1900, et où le Roi décide seul de l’emploi des bénéfices, souvent dans des travaux d’utilité publique — en Belgique s’entend. Léopold II est alors dans cette situation extraordinaire : à la fois souverain et homme d’affaires, engageant ses capitaux partout où s’offrent des possibilités d’expansion…/…


Après l’exposition de 1880 qui permet l’aménagement du Cinquantenaire, le nouveau rêve de Léopold II est de prolonger la rue de la Loi au-delà du Cinquantenaire. L’occasion est trouvée avec l’exposition universelle de 1897, dont la section consacrée au Congo, et qui doit faire le bilan de vingt ans d’entreprise coloniale, va se tenir à Tervuren…
Depuis de nombreuses années, Léopold II achète, entre Bruxelles et Tervuren, des terrains, 28 hectares au total. Il veut qu’une avenue monumentale — quatre-vingt-huit mètres de large - relie la grande exposition au domaine historique de Tervuren.


…/…C’est ainsi qu’à partir de 1900, les fabuleux bénéfices qui affluent sont utilisés par le Roi à Laeken, Ostende, au Cinquantenaire. L’arcade actuelle, dessinée par le français Girault, est terminée en 1905.

Cette avenue est jalonnée de parcs, une des grandes passions de Léopold II qui, conquis par les thèses hygiénistes du dix-neuvième, veut que ses sujets puissent profiter du grand air sans avoir à quitter la ville.
Elle est entièrement financée par le Roi, construite en un temps record et avec des matériaux belges. Les critiques commencent pourtant à fuser : faisant écho aux dénonciations de l’exploitation inhumaine du caoutchouc, le socialiste Emile Vandervelde va jusqu’à dire au parlement qu’il viendra peut-être un jour où on appellera ce monument « arcade des mains coupées ». C’est l’époque où une campagne de presse sans précédent diffuse dans le monde entier des images de Congolais dont les mains ont été coupées : ceux qui refusent de récolter le caoutchouc sont en effet assassinés, et on leur coupe les mains pour justifier la dépense de munitions. En 1906, un débat parlementaire dénonce le montage juridique et financier du Domaine de la Couronne, devenu «Fondation de la Couronne». Il faudra de longues négociations et des compensations financières très importantes pour que le Roi abandonne la Fondation à la Belgique.

Il contribue ainsi à la réalisation de la plupart des espaces verts à Bruxelles. Dans cet esprit, l’avenue relie les parcs du Cinquantenaire et de Tervuren. Entre les deux, s’égrène l’enfilade des étangs de Woluwé. La rigueur des aménagements au Cinquantenaire, qui collent avec l’esprit un peu lourd de l’architecture, fait place à une sensibilité «à l’anglaise» plaisante et pittoresque. Rien n’est trop beau pour Bruxelles. Quand on pense au peu de cas que le Souverain faisait de ses sujets congolais, quand il les envoyait cueillir le caoutchouc dans les endroits les plus ina-teignables de la jungle équatoriale, ce souci que ses sujets bruxellois puissent bénéficier d’un peu de chlorophylle a quelque chose d’amer.