|
Bruxelles, ville d'Afrique, une vraie
leçon d'histoire
Ce vendredi dans la matinée, les sept comédiens belges de
la troupe Kuru et leurs sept camarades congolais vont clôturer leur
toute première toumée de la pièce "Bruxelles,
ville d'Afrique". Le centre culturel du Zoo a été choisi
pour servir de cadre, du 2 février au 3 mars, à la première
présentation mondiale de ce spectacle.
Tous ceux qui ont annoncé ce spectacle avec fracas n'ont pas eu
tort. Et le public venu nombreux assister à cette première
a eu sa leçon d'histoire. Après sept semaines de préparation,
les comédiens Dominique Tack, Anne Sylvain, Freddy Sicx, Kulumbi
N'sin Mbwelia, Celestin Nkiakisa Matula, Geneviève Phuati, Katanga
Mupay, Mitendo Phuati Khiedi, Ventouse Mbala, Johan Heestermans, Patrick
Goosens, Pierre Crochet et Nono Bakwa ont présenté un spectacle
impressonnant. Tout notamment costumes, lumières et régie
son était réunis pour un spectacle haut en couleur.
Conçu par son metteur en scène Virginie Jortay dans un texte
d'Antoine Pickels, "Bruxelles, Ville d'Afrique" brosse un tableau
de ce qu'a été l'époque coloniale et un peu le règne
de Mobutu.
La pièce commence avec un rappel historique. Cette narration va
se poursuivre de façon entrecoupée par des scènes
vivantes où les autres comédiens se succèdent pour
rendre telle ou telle période. Ces derniers se présenteront
tour à tour dans les personnages de Léopold II, de Joseph
Désiré Mobutu, Mme et M. De Smet, un couple de colons belges,
Moïse Tshombé, Philippe Dedieuleveult ce journaliste français
qui est mort en 1986 dans les chutes du fleuve Zaïre, etc.
Cette histoire commence par les idées expansionnistes d'un homme,
Léopold II qui rêvait de construire son pays avec les richesses
du Congo. Tout au long du récit, on découvre les scènes
de l'exploitation du Congo non seulement sous cet homme remarquable mais
aussi pendant la colonisation belge. La pièce met en exergue le
recours à la violence et aux contraintes utilisées pour
réunir l'argent dans un délai plus bref. Parmi les violences,
il y a par exemple les mains coupées des Congolais et la mort de
près de la moitié de la population autochtone tout au début
de cette exploitation vers les années 1880-1890.
A la création de la colonie belge, la politique belge ne changera
pas. Les mêmes violences se poursuivent au nom d'une certaine philosophie
de supériorité ethnique empruntée à lAllemagne.
Cette philosophie va être appliquée non seulement entre Belges
et Congolais mais aussi entre Congolais et Congolais. C'est sur base de
cette perception imposée au Congo que certaines ethnies se croient
actuellement supérieures aux autres.
A l'accession du Congo à l'indépendance, l'action belge
est épinglée par un complot ourdi contre Lumumba, premier
ministre. Les Belges, pour se débarrasser de "La Barbiche"
recourent aux traîtres dont Joseph-Désiré Mobutu et
manipulent les autres pour créer la sécession au Katanga.
Dans tous ces plans, la population n'est toujours pas prise en compte.
La barbarie instaurée par Léopold II va se poursuivre sous
le régime Mobutu dans cette coopération Nord-Sud qui maintient
les pays du sud dans la situation de sous-développement. Comme
sous Léopold II, des aventuriers de tout bord se sont empressés
à venir travailler au Congo mais pas pour le développement
de ce pays. D'ailleurs cela se fait en complicité avec les dirigeants
congolais, évolués d'hier.
Le personnage clé de la pièce, le souverain belge qui est
mis en cause pour avoir embelli sa capitale, Bruxelles, avec les bénéfices
qu'il retirait de la vente de caoutchouc et d'ivoire au détriment
des Congolais, ne manque pas de se défendre. "Avec quel argent
pensez-vous que la Belgique est construite ?" a-t-il demandé
à ses détracteurs. N'eût été ses idées,
la Belgique ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.
Le spectacle "Bruxelles, Ville d'Afrique" tombe à point
nommé. De plus en plus en Belgique les jeunes générations
cherchent à savoir ce qui s'est passé réellement
pendant cette période. La présentation de ce spectacle après
Kinshasa les quatorze comédiens belges et congolais vont conquérir
la capitale européenne est une réponse aux multiples questions
que se posent les jeunes belges et pourquoi pas les jeunes congolais aussi.
Car, ici comme là-bas la documentation sur cette époque
n'est pas toujours mise à la disposition de tout le monde.
Anna Mayimona pour la Référence (RDC)
|