Nono, mon vieux, tu n’es plus.

Des départs, il y en a, et tous n’ont pas la même signification. Quand Michel et moi t’avons accompagné à Zaventem après ton long séjour chez nous, tu es reparti chez toi, avec ta toute petite valise, me laissant quelques pulls comme pour dire « ne t’inquiète pas, je vais bien maintenant et quand je reviendrai, je n’aurais pas froid…garde-les jusqu’à la prochaine fois ». Quelle prochaine fois ? Katanga est parti le premier et maintenant c’est toi qui t’en vas.

Dans la chambre que vous partagiez en frères place Sainte Catherine, vous vous surpreniez de votre complicité, vous vous esclaffiez des tournures que prenaient les événements, vous commentiez diverses embûches et vous souteniez l’un l’autre avec vos sagesses de vieux. Vous échangiez douleurs et craintes sur l’avenir de vos théâtres, exprimiez vos angoisses de ne pas savoir qui reprendrait le bâton, et comment.

Moi je me disais que vous n’étiez pas si âgés que ça mais cela semblait vous réconforter de jouer les vieux… Aujourd’hui, j’admets que je vous refusais la reconnaissance de votre vieillesse, simplement parce qu’il est impensable d’oser dire qu’on n’est pas vieux partout de la même façon, qu’on est pas égaux partout de la même façon et qu’on n’est pas malade partout de la même façon… C’est inadmissible et c’est pourtant réel.

Nono, cette réalité, tu la connaissais et tu as fait ton choix. Ce n’est pas par hasard que le jour avant ton départ, tu m’as dit que ton rêve serait de vivre jusqu’à 80 ans, parce qu’en Afrique, atteindre cet âge, c’est ce qui a de plus respectable, de plus noble et de plus beau : être un vrai vieux…mais tout en disant cela, tu exprimais le doute d’y arriver, même si c’était ton souhait le plus cher. Puis, tu as regardé mon jardin et m’a dit que je devrais mieux m’en occuper.

Nono, tu avais deux langages : un pour ici et un pour l’Afrique. Mais il y est des situations où le langage vaut pour tout, pour tous, partout, quelle que soit la culture qui nous lie ou nous sépare. Tu étais un homme de langage, un homme de théâtre et tu as bien joué. Pendant toutes ces années, tu t’es battu, avec l’acharnement et fierté.
Bon, je vais garder tes pulls mais tu manqueras au Théâtre africain qui a su te reconnaitre comme Mzee Nono Bakwa.

Cao, mon vieux.

Virginie