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Cétait
en avion, un vol charter pour microcosme belge.
Sobelair... un poème en soi.
Dâmenzènhéren et tout le bataclan volait
vers Zaventem.
Laccent ? on nen parlera pas, mais cette façon de shabiller...
trop
moche, décidément trop moche.
Lavion sentait lavion, le souper, réduit à sa
plus simple expression.
Mon voisin évidemment trop large détient laccoudoir,
et parce quil veut boire, appuie sur le bouton en question.
Déboulant du couloir, vêtue de la loque au logo Sobelair,
la dame ressemble à un lampadaire.
Puis-je avoir un verre deau ? demande mon voisin à
la chef de cabine.
Hahahah vrombit-elle, puis repart de plus belle.
Laissé à labandon, il me regarde,
cherchant le signe pour choisir sa réaction.
Encourage-le, conforte-le, sécurise-le, quoiquil arrive,
il a raison.
Lui, cest un modèle dhomme gonflé, pas méchant,
et qui prête même son journal.
Ils annoncent de la pluie pour tout le week-end dit-il.
Pas de chance, je le remercie et ouvre le Soir .
Je tiens ma revanche en mains:
la largeur de mon voisin plus la largeur du quotidien sont incompatible
et jen jouis, comme du retour au pays.
Le lampadaire en chef repasse, évidemment sans eau.
Toutes les cartes de crédit sont acceptées...
hurle-t-elle dans le boyau
...sauf lAmerican Express.
Et clic pour ton free-tax, tu signes, et clac pour ton free shop, fait
la machine.
Mon voisin naura jamais son eau.
Pauvre voisin,
pauvre boudin,
tristes tropiques ?
Dis-moi journal, qui est la plus belle ?
Mais cest toi, pauvre Belgique !
Je referme le journal.
Décidément, cest vraiment un mauvais journal.
Suis daccord fait mon voisin qui cherche à lier.
Il la, son allié, il va enfin sexprimer.
même pas capables de... et cest parti.
Mais que dire ? Ah oui, celle là (brouhaha).
Elle est bien bonne, nest ce pas ?
Bien bonne, elle lest, mais si on nen riait pas...
Bruits de cabine, vols de fourgons,
ballets dactions, rose bonbon.
Tirs à la carabine, rapts dhiver,
les titres senvolent pour rejoindre lenfer.
Évadés des trous dair et tombe le judiciaire.
Surtout ne pas croiser les yeux du lampadaire de lair...
Sen souvient-elle du verre deau qui ne vient pas ?
Oh, celle-là fait mon voisin, au diable, quelle
aille !
Mais vous, doù venez vous ?
Mais de là, de ce pays en bas.
Silence. Cest la nuit et tout est dit.
De lavion où je suis, la Belgique est un lampion,
sa terre est un verger où brillent des pommes de verre.
Banques, Val Saint Lambert, autoroutes de lumière.
Vole, vole petit charter, va retrouver la lumière.
Vole, vole, petit pays,
pour que senvolent tes nantis,
vole donc tous tes petits.
Ouvre les yeux, compte les heures,
jamais tu ne retrouveras ta grandeur.
Investis, Frère, mais pas dans lUnion.
Ta force minière sest tarie avant ta grande communion.
Le plexi vibre, lavion tremble,
et mon voisin a toujours soif.
Un simple verre deau, cétait trop demander.
Déclencher la tempête, ramasser ses ailes, foncer tête
baissée ?
Ne pas oublier: Icare est tombé.
Tombola dit la voix du lampadaire,
les tickets pour la tombola Sobelair...
Rêve-je ce folklore sonore ?
Jai déjà gagné un voyage à Palma
dit-on devant moi...
Là-bas, il ne pleut pas fait mon voisin ancré
dans laccoudoir.
Rentrer, le bonheur sous la pluie, la grisaille du paradis,
mais que dire de ce pays ?
Triste, trop plouc.
La pression aux oreilles, la descente imminente.
Attachez vos ceintures censure, censure.
Muselée, tais-toi et Belgique tu resteras.
Commission par-ci, commission par-là,
Les Belges aussi étaient au Rwanda.
De Laeken au Paradis, le charter est passé par Kigali.
Envoie tes paras, saint Roi.
Tourne-toi vers le ciel et crois en laviation comme en une preuve
délévation.
INRI, le nouveau logo pour ce qui reste du national.
INRI, pour ceux qui sont en bas, à lère de la croix,
pour ceux qui sont là-bas et qui nen bougeront pas.
Mets ta ceinture, gras Belge, tu manges trop.
Clique ta sûreté, paye tes impôts,
descente en enfers, que faire dans ton État ?
Stimorol gum, stimorol chewing gum
Trop tard pour la marche arrière.
Avale, avale.
Tremble la carlingue, déglutit,
dépose-toi, avant que tout se déglingue,
cest presque fini ?
Dâmenzènhéren, we kommen aan te Zaventem
Enfin, sois le bienvenu chez toi.
©
Virginie Jortay
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